A la ferme des Clarines, la famille Brabant fait perdurer fièrement les traditions alpines

Les Clarines, à Saint Jacques de Valgaudemar, dans les Hautes-Alpes, est une ferme auberge où la famille Brabant accueille les hôtes venus passer un séjour de détente au milieu du Parc National des Ecrins. Christophe, Thierry et bientôt son fils Thibaut, exercent plusieurs activités sur leur domaine : élevage bovin, cuisine et charcuterie, coupe et vente de bois, confection de terrines et de pâtés.

Une route entourée des montagnes des Alpes, aux pics puissants partant à l'assaut du ciel.  Tout autour, le vert des massifs, entrecoupé du bleu rugissant de la Séveraisse. Tout en haut, le  blanc des neiges. C'est au cœur du Parc National des Ecrins, dans la vallée du Valgaudemar, que la  famille Brabant nous accueille dans leur ferme auberge des Clarines.

« Ça fait plus de 330 ans que la famille Brabant est sur ces terres ! » annonce fièrement Josiane, ancienne gérante du domaine, mais toujours très présente, notamment parce qu'elle habite ici avec son mari, Pierre. « Cette ferme, c'est mon bébé. Je l'ai là, dans mes tripes. J'y ai élevé mes enfants. C'est ma revanche sur la vie. Je n'ai jamais voulu quitter ma vallée, en tout cas pas plus d'une semaine ! » rajoute-t-elle. Avant, avec Pierre, ils élevaient des vaches laitières de race Abondance. Josiane a adhéré à Bienvenue à la Ferme il y a déjà vingt quatre ans. « J'ai pensé que ça attirerait les hôtes. Très tôt, j'ai voulu faire du tourisme autour de la ferme. Faire découvrir notre métier aux gens » rajoute cette dernière. C'est en 1996 que ses deux fils, Thierry et Christophe, reprennent le domaine. Après deux traites par jour pendant 10 ans, ils décident de faire de l'élevage de bovin à viande avec des Limousines ; moins contraignant pensaient-ils. « Mais on ne s'est jamais habitués, elles étaient agressives » raconte Thierry. En 2013, ils décident d’élever des brebis. Depuis, ils ont 200 bêtes, bientôt 300 puisque Thibault, le fils de Thierry, reprend l'exploitation en janvier 2021 et double en même temps le troupeau afin d’augmenter la valorisation de la production.

Une organisation familiale bien rodée
C'est en famille que le soir, Thierry, Christophe, Thibault, Josiane et Pierre vont chercher les brebis et leurs agneaux tout juste nés, pour les ramener à la bergerie, située juste à côté des chambres d'hôte, et que l'on peut entendre doucement bêler la nuit. C’est aussi en famille qu'ils emmènent, le lendemain, un autre troupeau dans un champ situé à quelques kilomètres. Là-bas, Laïka, un berger d'Anatolie, monte la garde, notamment pour les loups. « Elle reste avec eux nuit et jour. Je lui apporte juste à manger, et aussi des caresses, qu'elle reste habituée à nous » raconte Christophe pendant que la grande chienne beige lui fait la fête. Retour à l'auberge. Thierry, qui est aussi chef, prépare le « Repas de la chèvre » pour les vingt-neuf seniors d'une association voisine venus ici déguster cette tradition locale. Dans le Valgaudemar, à la fin de l'estive, lorsque les troupeaux redescendent dans les vallées, des banquets à base de caprins sont cuisinés : la viande de chèvre macère pendant une dizaine de jours dans le sel, avant d'être dessalée et de mijoter au chaudron pendant 4 heures, accompagnée de chou, de rutabaga, de pommes de terre et de carottes, assaisonnée d'une mayonnaise à l'ail et d'une autre à l'échalote. « C'est très bon, très copieux et très bien cuit » nous dit Colette. « On ne connaissait pas cette coutume. C'est une découverte. Et aussi la visite de la ferme ! On en a profité  pour passer des commandes de produits faits maison ! » rajoute Henri, président de l'association. Et des recettes traditionnelles, il n'y en a pas qu'une aux Clarines. Josiane a même élaboré un livre répertoriant les principales, qu'elle me montre aussitôt : « Ça, ce sont les ravioles de la Vallée du Valgaudemar, qu'on sert à quasi tous les repas, et qui ont fait notre réputation. Avant, c'était moi qui cuisinais. Maintenant, Thierry a pris le relais. Je suis tellement fière de mon fils ! » s'émeut la matriarche.

Boucher, cuisinier, éleveur… Plusieurs métiers à la fois
Des attaches familiales évidentes, mais qui ne cachent pas non plus les difficultés. « On travaille tout le temps », déclare Christophe qui se prépare, d’ailleurs, à passer la main. « Ça me manque de découvrir ces montagnes que je vois tous les matins de ma fenêtre. Mais je n'ai pas le temps ! Nous avons trop de métiers à la fois : boucher, charcutier, cuisinier, vente de bois, éleveur, gîte d'étape.. Je fais même des confitures ! » ajoute Thierry. Pour mener de front tout cela, un ingrédient : la passion. « Sans passion, ce métier n'est pas possible ». Pendant ce temps-là, dans la salle à manger, intégralement en bois, avec vue sur le soleil se couchant sur la bergerie et les montagnes, Thierry apporte ses plats à Sylvie et Jean-Michel, un couple originaire des bouches du Rhône venu passer quelques jours ici : « A la base on avait réservé pour avril, mais à cause du confinement, ça a été annulé. On est donc revenus ! » C'est que l'envie de revenir aux Clarines ne manque pas, pour bien manger et passer un moment à la ferme avec l'attachante famille Brabant...

Un reportage de Constance Decorde

 

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